—Vous allez la voir, ma'me Planté. Elle est avec les demoiselles Pergeline. Et ne lui parlez point de tout ça, bien entendu… Hé! là là, mon Dieu, faut-il!…
Adèle continua de gémir en ficelant les cuillers, les fourchettes, les couteaux à fruits, des compotiers, la truelle à poisson, ma timbale… Elle s'interrompait pour aller au puits. La poulie chantait comme un moineau au coucher du soleil, et la bonne du capitaine était informée.
Georgette et Marguerite descendirent, avec la permission de m'emmener chez elles pour me faire aller à la balançoire. Le sol de leur jardin avait la coriacité du roc; on voyait, çà et là, dans les plates-bandes, de malheureux choux gelés. Mes amies me lançaient très haut, mais elles m'arrêtaient vite, de peur que je n'eusse mal au coeur; et elles montaient à ma place, toutes les deux, nez à nez, et pour longtemps, en parlant mariage.
—Quand est-ce que vous aurez fini?
—Bientôt.
Mais elles ployaient les genoux pour s'élancer de nouveau: leurs robes formaient tour à tour une grande pointe derrière les jambes, et le vent froid leur rougissait les joues.
Madame Pergeline, leur mère, me composa une tartine de mirabelles, et m'apprit qu'on se disposait à m'emballer avec l'argenterie pour me transporter à Courance.
—Vois-tu, mon petit, tu commences à faire trop de bruit dans la maison, pour ta pauvre maman. Et puis, on ne sait pas ce qui peut arriver…
Quand je rentrai, la calèche était encore à la porte, et Fridolin, selon sa coutume, adressait à un groupe d'hommes des expressions à lui toutes particulières, sentencieuses et comme découpées dans l'airain. Je trouvai Félicie en compagnie de mon père qui me toucha l'oreille et me dit:
—C'est toi, gamin?