—Comment! la navette?… comment! la tante Gillot?…
—Oh! ma'me Planté veut me faire jaser! Vous ne seriez pas la seule à ne pas savoir que mam'selle Gillot donne tout ce qu'elle a à monsieur le curé de la Ville-aux-Dames: meubles, linge, vaisselle, bois de chauffage, et tout le fourniment… Je ne parle pas de ses perdreaux, parce que ça, c'est des bêtises, mais ils font tout de même de jolis rôtis à la table de monsieur le curé… Je sais bien que tout ça, c'est en vue de son salut, comme on dit, à cette chère demoiselle. Après ça, me voilà, moi, que je cause, et que je cause… mais je ne garantis rien, non, ma'me Planté, je ne garantis rien.
—C'est bon! dit Félicie.
En rentrant à la maison, elle fut saisie par ses douleurs; elle se tordait sur le canapé d'utrecht, et la chair de ses joues prenait le ton de la paille. Elle voulait aller elle-même chez la tante Gillot, où personne n'avait pénétré depuis des années. Mais elle ne trouva point de répit. Le lendemain, qui était un dimanche, elle sortit, tout habillée pour la messe, tandis que Fridolin attelait la calèche. On l'attendit longtemps. Le vent amena le son des cloches de Beaumont et de la Ville-aux-Dames, avant qu'elle fût rentrée.
Quand elle parut à la petite porte de la cour, sa figure était bouleversée. Elle monta rapidement dans la voiture où nous étions installés et se pencha à la portière:
—Allez, et ne nous faites pas verser.
Puis elle se préoccupa; elle demanda à sa soeur:
—As-tu bien recommandé à ces demoiselles de ne pas ouvrir la bouche au curé ni à madame François?
—Oui, oui; ne te fais donc pas tant de mauvais sang!
Mesdemoiselles Victoire et Adélaïde, par une vieille habitude de modestie, allaient à la messe en carriole, à la Ville-aux-Dames, tandis qu'on nous menait en calèche au chef-lieu de canton.