—Si, par hasard, tante Félicie était venue au-devant de nous, il ne s'agirait pas de faire le petit bavard. Tu diras que tu t'es bien amusé, et ça suffit.
Fridolin, seul, était là avec le break et une quantité de châles. Il nous avertit que madame n'avait pas voulu laisser sortir la calèche, crainte de verser, à la nuit, dans le chemin de Gruteau, où l'on passe à gué la rivière.
—Mais comment va-t-elle? demanda grand'mère.
Il fut long à répondre, comme toujours, et, après une forte aspiration:
—Ce n'est point à moi de dire qu'elle va ou qu'elle ne va pas; mais M. Léveillé a été demandé l'autre jour en consultation, et il a fait acheter chez le pharmacien de quoi monter une ambulance!
—Et on ne sait pas ce qu'elle a?
Il prépara encore sa réponse:
—Ça la prend et ça la quitte. Celui-là qui en dira plus long est plus savant que moi.
La nuit tomba, un peu avant Gruteau, comme l'avait prévu Félicie! Fridolin descendit pour allumer les lanternes. On vit un instant son visage rasé, entre de courts favoris gris, tout seul illuminé au milieu de l'ombre, et vite auréolé de bestioles volantes, tandis qu'on entendait le bruit de l'eau et de la roue du moulin. La jument hésita au contact du sol humide; Fridolin jura: alors elle frappa de ses quatre fers l'eau courante qui nous entoura en jaillissant assez haut.
—Gare à toi! dit grand'mère, ne te penche pas!