M. Clérambourg était un homme assez vieux, qui ne riait jamais et laissait tomber du bout des lèvres des paroles piquantes comme des flèches. Il passait pour un puits de science. Il donnait des conseils gratuits, et évitait au pays beaucoup de procès. Il faisait une peur terrible à grand'mère, et elle prétendait que mon père se desséchait le coeur près de lui.

—Inutile de vous demander où il faut vous envoyer chercher s'il vient des clients?

—Je vais chez Clérambourg.

—Après tout, cela vaut peut-être autant que de séjourner au bureau de tabac…

—Qu'entendez-vous par séjourner au bureau de tabac?

—J'entends qu'un homme dans votre situation, et si fraîchement veuf, devrait éviter de se montrer si souvent dans un magasin où tous les freluquets se donnent rendez-vous autour d'une personne…

Il partait en haussant les épaules. Et la belle-mère allait à la fenêtre le surveiller, par acquit de conscience, jusqu'au coin de la rue.

Que de fois madame Pergeline, qui était au courant de nos soucis, prodigua à sa voisine des expressions compatissantes, dans le genre de celles-ci: «Ah! vous pouvez vous flatter d'avoir un gendre qui est joliment élégant!… Ah! cela, on peut le dire: il n'y en a pas un comme lui en ville pour faire retourner les têtes!…»

Ou bien grand'mère demandait à son gendre pourquoi il allait si souvent au château de la Frelandière.

C'était une coquetterie de mon père, dont les parents avaient été laboureurs, d'être reçu chez le marquis de la Frelandière. Il faisait alors laver la victoria et prenait une cravate blanche ornée d'une fine fleur de lis en jais. Il dissimulait sa serviette d'homme d'affaires. On le retenait parfois à déjeuner au château.