LE «DÉVOYÉ»

Lorsqu'on me disait de m'en aller, je me réfugiais dans le corridor. Il était très long et desservait toutes les pièces du rez-de-chaussée: la vieille maison, la maison neuve, et jusqu'au pavillon de l'oncle Planté, qu'en raison de son éloignement on appelait «le bout du monde». Ce corridor était dallé de briques; il y faisait frais; le moindre pas y résonnait; on y respirait une odeur de pomme et de miel, qui venait des placards; on y entendait les pigeons de la métairie roucouler ou s'envoler à grand bruit d'ailes, et il y avait aussi là-bas, là-bas, tout au fond, près de la porte du pavillon, l'horloge du bout du monde, dont le tic tac assourdissant était renommé à Courance.

Valentine sortait du pavillon. Elle m'embrassa en me demandant:

—Est-ce que je sens la pipe?

—Oui.

—Alors, vous êtes un petit menteur, parce que ce n'est pas vrai.

Je restai dans le corridor, à dessiner des bonshommes le long du mur, pendant qu'on ne me voyait pas.

Mais je cachai mon crayon, lorsque j'aperçus Philibert et sa mère.

Il disait, en tenant la main à plat, devant lui, comme lorsqu'on parle de la taille d'un enfant.

—La voilà haute comme cela, aujourd'hui.