Dans le grand salon, il dit, aussitôt l'irruption de la lumière:
—C'est princier.
Le meuble était de velours rouge. La pendule de la cheminée représentait une femme couchée; les candélabres de bronze étaient surmontés de cigognes qui faisaient leur possible pour se débarrasser d'un serpent enroulé à leur patte.
La salle à manger n'offrait de toutes parts qu'un miroir d'acajou; et partout où Fridolin, d'un coup de manche, enlevait la poussière, sur le buffet, sur la table, au dossier des chaises, je me dépêchais d'aller souffler de grands halos de buée, pour le plaisir de les voir se rétrécir et disparaître, comme sur les glaces, en laissant, au milieu, une petite goutte d'eau. Fridolin déclara:
—Ce n'est pas pour faire valoir celui-ci plutôt que celui-là; mais il y a davantage de «richesse» chez votre grand'tante Planté, que dans le château de monsieur le marquis de la Frelandière.
Il ajouta, en faisant tourner son bras droit comme une immense girouette:
—Il n'y a point de mal à dire ce que je vais vous dire… Le malheur qui est arrivé vous rendra maître de tout ça quarante ans plus tôt.
Malgré mon extrême jeunesse, j'étais déjà au courant de ces affaires d'héritage, tant les questions de fortune revenaient souvent dans les conversations de la famille. Combien de fois n'avais-je pas entendu Félicie dire à ma mère: «Quand je n'y serai plus, tu feras ici ce que tu voudras!» À propos de quoi la voix douce de celle qui venait de mourir insinuait régulièrement: «Et ce malheureux Philibert?—Oh! ton frère! ton frère!… c'est un grand dadais.»
Je demandai à Fridolin:
—Alors, mon oncle Philibert, lui, il n'aura rien?