—On y est si méchant! dit-elle.
Félicie s'excusa de ne point nous accompagner au jardin; grand'mère tint à rester près de sa soeur; les vieilles tantes s'étaient éclipsées ainsi que l'oncle Planté. Ce fut Casimir qui assuma le rôle de cicérone; et il semblait montrer sa propriété.
La créole ondulait devant nous, ployant la taille pour éviter les branches, ou tendant la joue, soudain, à la caresse d'une pointe de feuille. Elle se retournait et abusait de son rire facile. Près des abeilles, elle ramena des deux mains sa robe en avant, et courut comme une fillette. Félicie et grand'mère, assises sous les noisetiers, la regardaient de loin. Mon père me dit:
—Dans quelques jours, elle sera ta maman. Est-ce que tu l'aimeras?
J'avais envie de dire oui, à cause de sa bonne odeur; mais je me souvins de la leçon de grand'mère. Il en eut le soupçon et reprit d'un ton impératif:
—Il faut que tu l'aimes. C'est moi qui te le dis. Je suis ton père, sacrédié!…
Nous ne les vîmes plus avant le mariage. Mais grand-père Fantin, qui consultait M. Clérambourg, nous donna des nouvelles. Les Pope, partis pour Paris, ne devaient plus revenir à Beaumont. Le château de la Roche était en vente,—le pays, entièrement exploré, n'offrant plus d'attraits à madame.
—Ces insulaires, disait M. Clérambourg, ont du mal à s'acclimater dans nos petits endroits; il leur faut du neuf tous les matins. Nadaud va perdre une bonne maison…
—Il en a pris la fleur, dit Casimir.
—Elle lui coûtera cher, dit M. Clérambourg.