Je regarde toujours la photographie.
— Oui, c’est mon mari. Vous n’avez pas besoin de me questionner. Je lui ai promis à son lit de mort de réparer ma faute dans la mesure du possible. Il a compris qu’il y avait une preuve de cette faute. Sans savoir qui vous étiez, il s’est douté de la profonde immoralité de cet amant qui n’avait jamais songé à m’épouser, lui.
Je coupe :
— Vous n’aimiez pas cet homme… voyons ?
— Je l’aime à présent.
— Si je comprends bien, c’est un amour qui, n’ayant pas commencé, ne doit pas finir (et sans transition :) Où voulez-vous que nous allions dîner, Pauline, avant de revenir ici ?
Elle se lève, s’étire un peu les bras, soupire :
— Vous serez bien toujours le même, Alain. La jalousie vous rend féroce… Vous me renverrez cette toile demain avant midi. J’ai changé d’hôtel. Ici, personne ne me connaît et je pourrai la détruire sans que l’on m’interroge, je la brûlerai, le feu purifie tout…
— Il y a aussi la chaux vive, Madame, et le vitriol. Voulez-vous que je joigne ces ingrédients au paquet ?
— Non ! Je saurai bien tout anéantir moi-même. Et maintenant, allons vivre un instant de la vie de ce pays où rien n’est propre, rien n’est sacré, rien ne peut nous faire oublier la seule importance de la bonne mort. Dans cent ans que restera-t-il, mon dieu, de toute cette fange ? Rien… rien… que la pureté de nos intentions. Ah ! revivre cette vie-là ?… Quelle honte !