«Prévenons maintenant le curé», dit-il. Il siffla deux fois; un sifflet éloigné répondit à ce signal, et le fusil de Manton cessa de faire entendre sa grosse voix. Alors Brandolaccio sauta sur le cheval. Colomba plaça son frère devant le bandit, qui d'une main le serra fortement, tandis que de l'autre, il dirigeait sa monture. Malgré sa double charge, le cheval, excité par deux bons coups de pied dans le ventre, partit lestement et descendit au galop un coteau escarpé où tout autre qu'un cheval corse se serait tué cent fois.
Colomba revint alors sur ses pas, appelant miss Nevil de toutes ses forces, mais aucune voix ne répondait à la sienne… Après avoir marché quelque temps à l'aventure, cherchant à retrouver le chemin qu'elle avait suivi, elle rencontra dans un sentier deux voltigeurs qui lui crièrent: «Qui vive?»
«Eh bien, messieurs, dit Colomba d'un ton railleur, voilà bien du tapage. Combien de morts?
— Vous étiez avec les bandits, dit un des soldats, vous allez venir avec nous.
— Très volontiers, répondit-elle; mais j'ai une amie ici, et il faut que nous la trouvions d'abord.
— Votre amie est déjà prise, et vous irez avec elle coucher en prison.
— En prison? c'est ce qu'il faudra voir; mais, en attendant, menez-moi auprès d'elle.»
Les voltigeurs la conduisirent alors dans le campement des bandits, où ils rassemblaient les trophées de leur expédition, c'est-à-dire le pilone qui couvrait Orso, une vieille marmite et une cruche pleine d'eau. Dans le même lieu se trouvait miss Nevil, qui, rencontrée par les soldats à demi morte de peur, répondait par des larmes à toutes leurs questions sur le nombre des bandits et la direction qu'ils avaient prise.
Colomba se jeta dans ses bras et lui dit à l'oreille: «Ils sont sauvés.» Puis, s'adressant au sergent des voltigeurs:
«Monsieur, lui dit-elle, vous voyez bien que mademoiselle ne sait rien de ce que vous lui demandez. Laissez-nous revenir au village, où l'on nous attend avec impatience.