— Quoi! Vincentello mort aussi?

— Très mort. Bonne santé à nous autres![23] Ce qu'il y a de bon avec vous, c'est que vous ne les faites pas souffrir. Venez donc voir Vincentello: il est encore à genoux, la tête appuyée contre le mur. Il a l'air de dormir. C'est là le cas de dire: Sommeil de plomb. Pauvre diable!»

Orso détourna la tête avec horreur. «Es-tu sûr qu'il soit mort?

— Vous êtes comme Sampiero Corso, qui ne donnait jamais qu'un coup. Voyez-vous, là…, dans la poitrine, à gauche? tenez, comme Vincileone fut attrapé à Waterloo. Je parierais bien que la balle n'est pas loin du coeur. Coup double! Ah! je ne me mêle plus de tirer. Deux en deux coups!… À balle!… Les deux frères!… S'il avait eu un troisième coup, il aurait tué le papa… On fera mieux une autre fois… Quel coup, Ors' Anton'!… Et dire que cela n'arrivera jamais à un brave garçon comme moi de faire coup double sur des gendarmes!»

Tout en parlant, le bandit examinait le bras d'Orso et fendait sa manche avec son stylet.

«Ce n'est rien, dit-il. Voilà une redingote qui donnera de l'ouvrage à mademoiselle Colomba… Hein! qu'est-ce que je vois? cet accroc sur la poitrine?… Rien n'est entré par là?

Non, vous ne seriez pas si gaillard. Voyons, essayez de remuer les doigts… Sentez-vous mes dents quand je vous mords le petit doigt?… Pas trop?… C'est égal, ce ne sera rien. Laissez-moi prendre votre mouchoir et votre cravate… Voilà votre redingote perdue… Pourquoi diable vous faire si beau? Alliez-vous à la noce?… Là, buvez une goutte de vin… Pourquoi donc ne portez- vous pas de gourde? Est-ce qu'un Corse sort jamais sans gourde?»

Puis, au milieu du pansement, il s'interrompait pour s'écrier:

«Coup double! tous les deux roides morts!… C'est le curé qui va rire… Coup double! Ah! voici enfin cette petite tortue de Chilina.»

Orso ne répondait pas. Il était pâle comme un mort et tremblait de tous ses membres.