Veuillez prendre connaissance de cette lettre que m'écrit le procureur général, elle vous confirmera ce que je viens de vous dire.»
Orso parcourut la lettre qui relatait en détail les aveux de Tomaso, et Colomba lisait en même temps par-dessus l'épaule de son frère.
Lorsqu'elle eut fini, elle s'écria:
«Orlanduccio Barricini est allé à Bastia il y a un mois, lorsqu'on a su que mon frère allait revenir. Il aura vu Tomaso et lui aura acheté ce mensonge.
— Mademoiselle, dit le préfet avec impatience, vous expliquez tout par des suppositions odieuses; est-ce le moyen de découvrir la vérité? Vous, monsieur, vous êtes de sang-froid; dites-moi, que pensez-vous maintenant? Croyez-vous, comme mademoiselle, qu'un homme qui n'a qu'une condamnation assez légère à redouter se charge de gaieté de coeur d'un crime de faux pour obliger quelqu'un qu'il ne connaît pas?»
Orso relut la lettre du procureur général, pesant chaque mot avec une attention extraordinaire; car, depuis qu'il avait vu l'avocat Barricini, il se sentait plus difficile à convaincre qu'il ne l'eût été quelques jours auparavant. Enfin il se vit contraint d'avouer que l'explication lui paraissait satisfaisante. — Mais Colomba s'écria avec force:
«Tomaso Bianchi est un fourbe. Il ne sera pas condamné, ou il s'échappera de prison, j'en suis sûre.»
Le préfet haussa les épaules.
«Je vous ai fait part, monsieur, dit-il, des renseignements que j'ai reçus. Je me retire, et je vous abandonne à vos réflexions. J'attendrai que votre raison vous ait éclairé, et j'espère qu'elle sera plus puissante que les… suppositions de votre soeur.»
Orso, après quelques paroles pour excuser Colomba, répéta qu'il croyait maintenant que Tomaso était le seul coupable.