— Pardon, mon colonel; c'est ma seule campagne.
— Elle compte double», dit le colonel. Le jeune Corse se mordit les lèvres.
«Papa, dit miss Lydia en anglais, demandez-lui donc si les Corses aiment beaucoup leur Bonaparte?»
Avant que le colonel eût traduit la question en français, le jeune homme répondit en assez bon anglais, quoique avec un accent prononcé:
«Vous savez, mademoiselle, que nul n'est prophète en son pays. Nous autres, compatriotes de Napoléon, nous l'aimons peut-être moins que les Français. Quant à moi, bien que ma famille ait été autrefois l'ennemie de la sienne, je l'aime et l'admire.
— Vous parlez anglais! s'écria le colonel.
— Fort mal, comme vous pouvez vous en apercevoir.»
Bien qu'un peu choquée de son ton dégagé, miss Lydia ne put s'empêcher de rire en pensant à une inimitié personnelle entre un caporal et un empereur. Ce lui fut comme un avant goût des singularités de la Corse, et elle se promit de noter le trait sur son journal.
«Peut-être avez-vous été prisonnier en Angleterre? demanda le colonel.
— Non, mon colonel, j'ai appris l'anglais en France, tout jeune, d'un prisonnier de votre nation.»