«Que chantes-tu là, petite? dit Orso d'un ton de colère, en paraissant tout à coup.
— C'est vous, Ors' Anton'! s'écria l'enfant un peu effrayée…
C'est une chanson de mademoiselle Colomba…
— Je te défends de la chanter», dit Orso d'une voix terrible.
L'enfant, tournant la tête à droite et à gauche, semblait chercher de quel côté elle pourrait se sauver, et sans doute elle se serait enfuie si elle n'eût été retenue par le soin de conserver un gros paquet qu'on voyait sur l'herbe à ses pieds.
Orso eut honte de sa violence. «Que portes-tu là, ma petite?» lui demanda-t-il le plus doucement qu'il put. Et comme Chilina hésitait à répondre, il souleva le linge qui enveloppait le paquet, et vit qu'il contenait un pain et d'autres provisions. «À qui portes-tu ce pain, ma mignonne? lui demanda-t-il.
— Vous le savez bien, monsieur; à mon oncle.
— Et ton oncle n'est-il pas bandit?
— Pour vous servir, monsieur Ors' Anton'.
— Si les gendarmes te rencontraient, ils te demanderaient où tu vas…
— Je leur dirais, répondit l'enfant sans hésiter, que je porte à manger aux Lucquois qui coupent le maquis.