«Je vous ai fait une veste de velours, et voici un bonnet comme en portent nos élégants; je l'ai brodé pour vous il y a bien longtemps. Voulez-vous essayer cela?»

Et elle lui faisait endosser une large veste de velours vert ayant dans le dos une énorme poche. Elle lui mettait sur la tête un bonnet pointu de velours noir brodé en jais et en soie de la même couleur, et terminé par une espèce de houppe.

«Voici la cartouchière[14] de notre père, dit-elle, son stylet est dans la poche de votre veste. Je vais vous chercher le pistolet.

— J'ai l'air d'un vrai brigand de l'Ambigu-Comique, disait Orso en se regardant dans un petit miroir que lui présentait Saveria.

— C'est que vous avez tout à fait bonne façon comme cela, Ors'
Anton', disait la vieille servante, et le plus beau pointu[15] de
Bocognano ou de Bastelica n'est pas plus brave.»

Orso déjeuna dans son nouveau costume, et pendant le repas il dit à sa soeur que sa malle contenait un certain nombre de livres; que son intention était d'en faire venir de France et d'Italie, et de la faire travailler beaucoup.

«Car il est honteux, Colomba, ajouta-t-il, qu'une grande fille comme toi ne sache pas encore des choses que, sur le continent, les enfants apprennent en sortant de nourrice.

— Vous avez raison, mon frère, disait Colomba; je sais bien ce qui me manque, et je ne demande pas mieux que d'étudier, surtout si vous voulez bien me donner des leçons.»

Quelques jours se passèrent sans que Colomba prononçât le nom des Barricini. Elle était toujours aux petits soins pour son frère, et lui parlait souvent de miss Nevil. Orso lui faisait lire des ouvrages français et italiens, et il était surpris tantôt de la justesse et du bon sens de ses observations, tantôt de son ignorance profonde des choses les plus vulgaires.

Un matin, après déjeuner, Colomba sortit un instant, et, au lieu de revenir avec un livre et du papier, parut avec son mezzaro sur la tête. Son air était plus sérieux encore que de coutume.