—M. l'abbé m'a dit cela. J'ai répondu: On a nagé à la drague dans la rivière de la Trinité. Ça fait des bras. Tant pis pour le neveu!
—Prenez garde, ma fille. Il est fort comme un bœuf et capable de tout!
—Ne vous inquiétez pas, ma bonne dame. Que je vous plaise seulement, à vous et à notre monsieur, je ne m'embarrasse pas du reste.»
Il y avait là-dedans un peu de comédie. Annette jouait la brusquerie de la paysanne. Malgré tout, ma mère m'a dit qu'elle était tentée de la prendre pour une princesse déguisée. Ce qui lui donnait confiance, c'était l'accent de la côte que mon Annette avait saisi à ravir.
Ma mère reprit, non sans quelque timidité:
«Vous n'allez pas vous fâcher, ma petite. Ce costume des filles d'Etel est pimpant et coquet. Si vous vouliez vous habiller en bonne-sœur....»
Dans les bourgs et villages de Bretagne, on appelle bonnes sœurs les filles de la Congrégation qui s'astreignent à ne porter dans leurs vêtements que du noir et du gris.
«A cause du neveu? demanda Annette en riant.
—Oui, ma petite, à cause du neveu, qui n'aime pas les bonnes sœurs.»
Annette riait toujours et, cependant, l'idée ne vint point à ma mère de la prendre pour une effrontée.