L'hôte, sa femme et sa servante, sortirent ensemble de la cuisine pour voir le monde qui leur arrivait; et parurent surpris de la jeunesse des trois voyageurs.

«Brave homme, pouvez-vous nous loger et nous donner à manger?» dit Démar en prenant un ton important, qui allait assez mal avec sa veste et sa casquette. «Ces messieurs ont fait une partie de campagne?» dit l'hôte en souriant.

«—Tiens! qu'est-ce que ça lui fait?» dit Gervais. «—Oh! nous vous paierons bien,» dit Jean en tapant sur son gousset. «Les noyaux sont là!...—En ce cas, messieurs, nous allons vous traiter de notre mieux.... Nous ne couchons pas ordinairement, mais c'est égal, on vous fera des lits...—Et surtout un bon souper!» dit Gervais. «—Soyez tranquilles, vous serez contents.»

Les jeunes gens s'asseyent devant une table sur laquelle il n'y a jamais eu de nappe, et pendant qu'on leur fait à souper, ils boivent un coup, et l'hôte vient causer avec eux.

«Vous êtes en vacance, n'est-ce pas, messieurs?» leur dit-il. «—Oui, nous sommes en vacance,» répond Jean en souriant, et se tournant vers ses camarades, il leur fait une de ces grimaces d'usage entre les ouvriers quand ils disent un mensonge à quelqu'un. «—Vous êtes venus vous promener par ici... Vous avez eu raison, les environs sont charmants, et il y a de fort jolies maisons de campagne dans notre village.—Comment s'appelle-t-il votre village?—Bagnolet. Ah! vous ne saviez pas que y vous étiez à Bagnolet?...—Ça nous est bien égal!... d'être à Bagnolet ou à Rognolet!» dit Démar en haussant les épaules.

«Messieurs,» reprend l'aubergiste, «si vous voulez, demain, je vous ferai voir la maison où habitait jadis le cardinal Duperron, qui, après avoir bu vingt verres de vin, sauta dans son jardin l'étendue de vingt-deux semelles...—Il sautait plus haut que moi, celui-là,» dit Jean. «—En devenant vieux, il fit faire beaucoup de changements dans son jardin, mais il conserva toujours l'allée où il avait sauté les vingt-deux semelles. Je vous ferai voir encore....—Dites donc, si vous pouviez nous faire voir des pipes, ça nous amuserait mieux.—Comment! est-ce que vous fumez déjà?—Un peu, mon neveu.—On fume donc dans votre pension?—Comme vous dites.—Oh! j'ai toujours des pipes pour les charretiers qui s'arrêtent ici.... Je vais vous en préparer.

»—Est-il bavard et curieux, le cabaretier!» dit Gervais. «—Messieurs,» dit Démar, «avez-vous remarqué que la servante est gentille?—Eh bien! qu'est-ce que ça nous fait?» dit Jean. «—Ça fait que c'est plus agréable, et puis, enfin... on ne sait pas.—Ah! il pense toujours à des bêtises, celui-là!...—Attention, messieurs,» dit Gervais, voilà le souper, c'est plus intéressant que la servante.»

Le souper était composé de veau et de lapin, et les ragoûts poivrés de manière à emporter la bouche. Mais les jeunes gens trouvèrent tout excellent et firent lestement disparaître les mets. Gervais voulait quelque friandise pour le dessert. Mais l'hôte n'avait, en fait de friandises, que du fromage de jérômé; il fallut s'en contenter. A la fin du repas, ces messieurs allumèrent leurs pipes, et l'hôte les regarda fumer avec admiration, en s'écriant: «Encore si jeunes! et déjà fumer comme des charretiers!.... Il faut qu'ils soient dans une bien bonne pension.»

Les voyageurs avaient beaucoup bu; ils ne tardèrent pas à s'endormir sur leurs pipes; alors l'hôte leur conseilla de monter se coucher, et ils suivirent la servante qui les conduisit à leur chambre.

On avait dressé trois lits dans une salle fort grande où se donnaient les repas de noces, quand il s'en faisait à l'auberge, Gervais commence par choisir le lit qui est le plus loin de la porte et de la fenêtre, et il s'assied dessus en disant: «Je me couche là, moi.