Dans la rue, je l’observais de côté. Voilà, elle vient avec moi… Quelle honte qu’une mère semblable… En ville, elle marchera derrière moi, elle regardera aux mêmes vitrines ; si l’on m’accoste, elle fera semblant de ne pas me connaître ; quand je suivrai un homme, elle m’emboîtera le pas de si près que l’on remarquera qu’elle m’accompagne ; puis elle attendra que je sorte… Ah ! c’est infect… Et j’allongeais le pas de façon qu’elle haletait.
— Oh ! Keetje…
— Ah ! que fais-tu là ? va-t’en, tu me dégoûtes.
Et je la devançais.
Bientôt je me retournais. Oh, si elle était rentrée et me laissait aller seule… Je la cherchais du regard le long des boutiques du faubourg, et la voyais éperdue, essayant de me rattraper… Quelle abomination… Elle ne sent donc pas l’abjection de ce qu’elle fait ? Oh, que je la hais, que je la méprise… Et je l’attendais.
— Ah ! Keetje, haletait-elle. Et elle essuyait de la main son front en sueur.
— Que fais-tu à côté de moi, quand je sors faire la putain ?… Est-ce que tu devrais me suivre, es-tu une mère ? Ah ! pouah !
Elle me regardait en clignotant précipitamment des paupières, se faisait toute petite, évitait de me frôler.
Au centre de la ville, je la devançais encore, mais lui soufflais de ne pas s’éloigner trop, et, terrifiée de la corvée qui m’attendait, je lui secouais la main.
— Tu m’entends, ne t’éloigne pas trop !