—«Vous devez présenter le tomahawk. Vous devez produire l’Indien et le tomahawk. La mort de M. Mackensie une fois prouvée par leur comparution, vous pourrez vous présenter devant la commission chargée des réclamations avec quelques chances de voir votre note accueillie assez favorablement pour que vos enfants, si leur vie est assez longue, puissent recevoir l’argent et en profiter. Mais il faut que la mort de cet homme soit prouvée. D’ailleurs, j’aime autant vous le dire, le gouvernement ne réglera jamais les frais de transport et frais de voyage du malheureux Mackensie. Peut-être paiera-t-il le baril de bœuf capturé par les soldats de Sherman, si vous pouvez obtenir un vote du Congrès autorisant ce paiement. Mais on ne paiera pas les vingt-neuf barils que les Indiens ont mangés.»
—«Alors on me doit seulement cent dollars, et cela même n’est pas sûr! Après tous les voyages de Mackensie en Europe, Asie, Amérique, avec son bœuf; après tous ses soucis, ses tribulations; après la mort lamentable des innocents qui ont essayé de toucher cette note!... Jeune homme, pourquoi le premier contrôleur de la division des conserves de bœuf ne me l’a-t-il pas dit tout d’abord?»
—«Il ne savait absolument rien sur le bien-fondé de votre réclamation.»
—«Pourquoi le second ne l’a-t-il pas dit? Et le troisième? Pourquoi toutes ces divisions et tous ces bureaux ne me l’ont-ils pas dit?»
—«Aucun d’eux n’en savait rien. Tout marche par routine ici... Vous avez suivi la routine et trouvé ce que vous vouliez savoir. C’est la meilleure voie. C’est la seule. Elle est très régulière, très lente, mais très sûre.»
—«C’est la mort qui est sûre, et qui l’a été pour tous les gens de ma tribu. Je commence à me sentir frappé, moi aussi. Jeune homme, vous aimez la belle créature qui est là-bas. Elle a des yeux bleus, et un porte-plume sur l’oreille. Je le devine à vos doux regards: vous voulez l’épouser, mais vous êtes pauvre. Approchez. Donnez votre main. Voici le contrat de bœuf. Allez, mariez-vous, et soyez heureux. Dieu vous bénisse, mes enfants!»
Voilà tout ce que je sais au sujet de ce grand contrat de bœuf, dont on a tant parlé. Le commis à qui je l’avais donné est mort. Je n’ai plus eu de nouvelles du contrat ou de quelque chose s’y rapportant. Je sais seulement que, pourvu qu’un homme vive assez longtemps, il peut suivre une affaire à travers les bureaux des circonlocutions de Washington, et découvrir à la fin, après beaucoup de travail, de fatigue et de patience, ce qu’il aurait pu découvrir dès le premier jour, si les affaires du bureau des circonlocutions étaient classées avec autant d’ordre qu’elles le seraient dans n’importe quelle grande entreprise commerciale privée.
UNE INTERVIEW
Le jeune homme nerveux, alerte et déluré, prit la chaise que je lui offrais, et dit qu’il était attaché à la rédaction du Tonnerre Quotidien. Il ajouta:
—«J’espère ne pas être importun. Je suis venu vous interviewer.»