Emile serrait encore la jeune fille dans ses bras, et d'une voix craintive, il murmurait:
—Vous n'avez pas de mal, n'est-ce pas? Oh! non! Je ne veux pas! je ne veux pas!... Ce ne sera rien!
Il tremblait; ses lèvres avaient des frissons; ses yeux avaient des éblouissements. Et dans sa tête, il sentait passer de grands vacarmes harmonieux, comme si tous les oiseaux du
bois avaient chanté dans sa cervelle.
Il enleva la jeune fille dans ses bras robustes; et, léger, vigoureux, comme si une force inconnue l'avait soulevé de terre, il s'en alla par la forêt, en montrant aux arbres, aux buissons, aux étoiles, ce corps tiède et virginal qu'il sentait palpiter sur son cœur. Florence ouvrit les yeux et elle ne s'effraya pas. Elle se serra toute, instinctivement, contre la poitrine d'Emile. Et celui-ci défaillit alors. Il déposa la jeune fille sur le tronc d'un arbre abattu, puis, les prunelles radieuses, le crâne frissonnant comme si un être céleste l'avait saisi par les cheveux et le transportait, superbement, dans quelque planète nouvelle, il s'écria.
—Pardonnez-moi! pardonnez-moi! Je vous aime!
Elle entendit bien. Elle comprit bien, car deux larmes jaillirent dans ses grands yeux. Mais elle n'eut pas une parole. Sa poitrine seule haleta, de plus en plus vite, comme si son cœur emprisonné s'essayait à prendre un solennel essor. Et il n'y avait rien de bon comme ce silence, que semblaient
écouter les arbres recueillis.
Ils restèrent ainsi, longtemps, muets, immobiles, ne se parlant que par leurs yeux, que par leurs souffles, que par le rayonnement splendide de leur bonheur, comme doivent se parler deux arbustes voisins qui fleurissent. Et leurs mains qui se tenaient avaient parfois un serrement convulsif, sous lequel leurs êtres semblaient se fondre.
On n'entendait rien. Où étaient-ils? Dans quel coin de forêt, dans quelle heure du temps? Ils ne savaient pas. Il se sentaient partout, éternellement. Et la terre, le ciel, tout semblait faire partie de leur être, tout était rempli de leur amour.