Il faut reconnaître quelle était effrayante; grande, d'abord, quoi qu'eût dit le vieux Yan. Grande et droite, avec une poitrine exagérée, comme on n'en porte qu'à la ville. C'était honteux. Puis une tête laide, laide à faire frémir, certes. Toute blanche, cette tête, d'un blanc gras et mou. Puis des yeux énormes, inimaginables, terrifiants: d'un bleu violet. Des yeux d'évêque!

—La plus belle fille que j'aie jamais vue! avait déclaré l'instituteur, un monsieur qui ne s'y connaissait pas sans doute.

Emile Saigne-du-nez erra dans la forêt.

Il avait sur lui un souvenir bizarre de cette personne: un gant de suède qu'elle avait laissé tomber en le giflant. Un gant très étroit, dans lequel on n'aurait pu mettre, semblait-il, qu'une main de bébé.

Et Emile, très probe, ne le jetait pas au feu ce gant. Non, il le lui rendrait, plus tard, après la réparation, quand cette demoiselle lui aurait demandé pardon à genoux.

Car c'était cela, décidément, qu'il exigerait. A genoux, et peut-être en présence de deux témoins, comme avait conseillé Yan.

Jamais l'occasion de formuler cet ultimatum ne se présentait.

Et Emile sentait redoubler sa fureur.

Un matin, au moment où il pénétrait dans la forêt, il rencontra Marie Catalan, la vierge paysanne et riche.

Celle-ci était bien. Rose, carrée, douée de petits yeux jaunes et de belles mains potelées aux ongles courts, elle semait l'enthousiasme autour d'elle, dans la commune de Salignacq.