—Ton député, enfant? ton député!... Mais le suisse de la cathédrale de Dax pourrait venir, petit! il ne m'irait pas là!
Et le vieux Yan plongea promptement sa tête dans le bassin du puits, afin de procéder à la toilette des grands jours.
III
Sur la place de l'Église, tout Salignacq était rangé. Des hommes voûtés, des femmes maigres, des enfants hâlés et silencieux. La plupart des hommes tenaient de longues branches de laurier fleuri. Il était dix heures. La bénédiction des Rameaux allait commencer. Sur la route pleine de soleil comme un blanc fleuve de lumière, les retardataires arrivaient, calmes et gracieusement dégingandés, en portant le laurier haut sur l'épaule, ainsi qu'un drapeau.
Soudain, sur la place, grand brouhaha. Toutes les têtes s'orientent vers la route; et les lauriers eux-mêmes, penchés et vaguement curieux, ont l'air de badauds végétaux, regardant au loin, en haussant leurs longs cous feuillus.
—Tiens! s'exclame un paysan, Bignaou!
—Hein? demandent trente gosiers.
—Yan du Bignaou, qui vient à la messe!
Certes, c'était un grand événement. Depuis bien longtemps, il n'allait à la messe qu'une fois chaque année, le matin de Pâques; ce jour-là, Yan se confessait, communiait, déjeunait chez le curé, puis s'en retournait après les vêpres, joyeux de cette joie très triste qu'on éprouve après une bonne partie de plaisir.
Cette fois, Yan anticipait sa petite escapade annuelle; aussi l'émotion fut profonde.