Il passa la main sur ses yeux comme pour chasser une laide vision. Il n'avait rien mangé depuis la veille. L'odeur du pain lui donnait des nausées. Oui, sans doute, une tranche de mesture, toute mince, rôtie devant un bon feu, puis frottée d'ail, salée et enduite de graisse, aurait été bien accueillie par son estomac! Mais les nouveaux domestiques ne savaient pas préparer ce mets de mauvais goût. Et ses mains tremblaient trop: il aurait sali tous ses vêtements!
Puis il songea que le surlendemain mardi, 1er novembre, il aurait à payer une traite de 4,500 francs à un entrepreneur.
Là-bas, la plaque jaune du Lü apparaissait toujours à travers la forêt.
—Pourquoi pensé-je à cela? répéta-t-il en fermant les yeux.
Et quand il les rouvrit, ces yeux, ce
fut un bout de corde à sécher le linge qui frappa sa vue! Oh les pensées noires qui l'assaillirent alors! Pourquoi faisait-il mentalement un nœud coulant à l'extrémité de cette corde?
—Et chaque mois, balbutia-t-il, j'aurai ainsi des traites de 4,500 fr., de 5,000 peut-être.
Ses mains tremblaient de plus en plus. Il voulut arranger sa redingote qui prenait un mauvais pli sur le fauteuil; il ne put jamais y parvenir. Et il avait froid, froid jusqu'au sommet de ses cheveux. Yan, peu à peu, tomba en léthargie. Et rien ne remua plus que sa tête terreuse qui, à chaque mouvement de la respiration, oscillait un peu sur ses maigres épaules.
Le temps passa.
Vers le soir, une voix douce comme un vieil air de violon s'insinua dans ses oreilles: