Voilà, mon cher Cantho, l'exacte vérité sur l'aventure arrivée à Londres à Nora.
LA CONQUÊTE DE PARIS
—Assez remué de souvenirs et de potins comme cela, mon cher Cantho. Les Alpes du Tyrol doivent se profiler toutes blanches au-dessous de Murano, et j'ai lu dans les journaux d'hier qu'il y avait de la neige à Venise. Laissons la ville des doges dormir aux bords de ses canaux fourrés d'hermine dans le noir apparu plus noir de ses vieux palais et parlons de vous, mon cher ami. Qu'êtes-vous venu faire ici? Je vous croyais au Caire. Vous avez donc lâché les pyramides?
Nous achevions de dîner. Le maître d'hôtel venait de servir les fruits rafraîchis.
Cantho avait un geste d'une insouciance bien italienne:
—Il faut vivre, zézayait-il avec un clignement d'œil; ze zouis venou izi faire oune expozitione…
—De vos œuvres! Je vous prédis un beau succès, Cantho.
—De mez œuvres et de zelles dez autres. Les peintres américains, ceusse de France et de tous les pays, ils expozent touzours des vues prizes à Venize; et les peintres véniziens, ils n'envoient zamais, eux, de leurs toiles en Franze. Alors, z'ai penzé avec d'autres camarades qu'il fallait montrer aux Pariziens comment, nous autres de Venize, nous comprenons les ziels et les monuments de notre pays. Ai-ze eu tort?
—Non pas. L'idée est admirable, d'autant plus qu'étant le premier peintre de l'Italie du Nord, les toiles de vos chers camarades vont paraître des croûtes auprès des vôtres!
—Ah! mon cer monsieur Ménard, ze vous azoure! protestait le Vénitien. Vous me connaissez mal.