«—Commandez ce que vous voulez! Commandate che volete!

«Et la princesse Alexanieff reconnaît le chef d'orchestre des musicanti.

«—Che volete lei, che fate cui? (Que voulez-vous? Que faites-vous ici?)

«Et la princesse s'indigne, s'érupe. L'homme est toujours là, souriant, l'échine onduleuse, son violon à la main… La princesse à reculons s'efforce de regagner la porte. Alors l'homme, dans un mauvais français mâtiné d'italien:

«—Madame la principessa a mis oune louis dans moun plate; z'ai cru que madama désirait oune sérénade particoulare et ze souis mounté zé zon altesse. Que madama commande la canzona qu'elle dézire que ze zoue; ze souis tout à soun désir.

«Une aubade particulière! La princesse en sentait craqueler l'émail de ses joues; elle retrouvait le geste de son ancêtre pour montrer la porte au malencontreux musicien: les Roches rouges sont désormais consignées à la bande du trop zélé violoniste. Quant à la princesse, nous serons au moins une semaine sans la revoir dans les salles de jeu.»

—Comment!

—Sans doute; la princesse Alexanieff est Russe, donc superstitieuse. Cet insolent faquin lui a coupé sa chance avec sa déclaration.

—Non!

Et toute la table s'esclaffait de rire.