Visions de Figuig

Sourires aimables sur des visages reposés, gestes lents et graves sous les voiles blancs. Silence et recueillement dans des cours vastes où les hommes glissent sans bruit, comme des apparitions. Murmures de prières, attitudes d’extase… Immobilité des choses à travers les siècles…

A première vue, on ne discerne rien d’autre dans les vieilles zaouïyas de l’Ouest, seules inexpugnables dans la tourmente qui gronde alentour et parmi les ruines d’un monde qui croule.

Et pourtant, derrière cette façade d’indifférence hautaine, dans cet éloignement des choses du siècle, il y a autre chose : des intrigues mystérieuses qui, au Maroc, finissent souvent dans le sang, des haines séculaires, des dévouements absolus à côté de savantes trahisons, des passions d’une violence terrible qui sommeillent dans les cœurs, des ferments de guerre et de massacre.

Mais, pour distinguer toutes ces choses cachées, il faut se faire admettre dans les zaouïyas, y vivre, y acquérir quelque confiance, car au dehors tout est blanc et apaisé…

Elmaïz de Figuig et le Djebel-Grouz.

Dans l’ancienne zaouïya de Bou-Amama, à Hamman-Foukani, après une journée chaude, traversée de souffles d’orage, un soir pesant et calme, avec une oppression particulière dans le silence.

Le soleil se couche sans les irisations limpides accoutumées, sans délicatesses de tons, en un incendie violent, passant sans transition du rouge sanglant de l’horizon au vert sulfureux du zénith où flottent quelques nuées d’un rose de chair.

La palmeraie voisine s’abîme en une ombre hâtive d’un bleu profond, presque noir déjà, pendant que, sur les cimes échevelées des dattiers, seules quelques flammes d’or rouge courent encore.