… A Duveyrier, une surprise, reflet des mois troublés qui s’écoulent : une escouade de tirailleurs en armes monte dans le train, en cas d’attaque.
Et, malgré cela, encore une fois, comme à Aïn-Sefra, comme à Oued-Dermel, aucune sensation réelle de danger dans le grand calme et le sourire de la plaine ensoleillée.
Arrivée à Beni-Ounif
La Zousfana, un pont de fer peint en gris, très laid et très dépaysé dans le décor d’alfa, de roseaux et de lauriers-roses.
L’oued roule une eau trouble et rougeâtre sur des galets blancs, avec, au milieu du courant, le mince filet pur de quelque source voisine.
La Zousfana qui, avec son confluent, venant de l’Ouest, le Guir, forme à Igli l’oued Saoura, ne se dessèche jamais. Ses bords verdissent en plein été, autour du petit bordj gardé par des tirailleurs, et des masures qui servent de gare.
L’air est ici humide et chaud, avec une buée blanche qui voile les lointains.
Après, voici, à gauche, la grande plaine de Djenan-ed-Dar : un horizon rouge, net, avec, très loin, la silhouette du Djebel-Sidi-Moumène, terrasse carrée, géométrique, qui se dresse vers le Sud. Nous entrons dans la vallée pulvérulente de Beni-Ounif, formée de collines arides, qui s’écartent, vers l’Ouest, sur un horizon incandescent.
Qu’il est dissemblable, ce pays de poussière et de pierre, des régions aimées du Sud-Est, du grand Erg immaculé, des dunes pures et irisées du Souf, et des chotts immenses, et des palmeraies mystérieuses de l’Oued-Rir’h salé !
… A droite, c’est Figuig, dans son cirque de hautes montagnes aux lignes harmonieuses… Nous ne voyons toujours que les palmeraies : sur un fond neutre, d’une couleur indéfinissable mais ardente, le mouchetage noir des dattiers.