J’ai dit au revoir à Lèlla Zeyneb et j’ai quitté la zaouïya d’El-Hamel…
A Bou-Saâda, je monte dans une informe guimbarde, bondée de Juifs, et qui s’en va à Aumale, à travers cent trente kilomètres de cahots et d’ornières.
Ce sont d’abord des sables roux, des tamaris épars, un horizon vaste et vide, qui ressemble à celui du Sahara, dont je m’éloigne une fois de plus.
Les premières haltes ont encore des aspects connus et aimés : bordjs caducs, palmiers groupés dans les bas-fonds. Puis tout change. Nous remontons vers les Hauts-Plateaux, le paysage devient sévère et triste, d’une tristesse que je n’aime pas. C’est fini…
Ce rêve de sept jours s’est envolé, après tant d’autres, et j’en suis presque à me demander si c’est bien vrai, si toute cette féerie rapide n’est pas un songe, si cette Bou-Saâda et cette zaouïya, et cette maraboute en voiles blancs, si tout cela n’est pas issu de mon imagination nostalgique.
Combien je devais regretter Bou-Saâda, sa lumière incomparable son grouillement si chaud et si pittoresque !
Peu de temps après je partais pour l’ennuyeuse Ténès, où je vécus de longs mois près des fellah du Tell. Là je pus étudier attentivement les rapports des indigènes et des colons… Le paysan arabe a la patience du moujik. Le colon est le plus souvent un brave homme qui ne comprend pas son voisin.
J’allais souvent à Alger et j’y écrivais. Un jour de pluie je rencontrai Abou Bekr sous les arcades.
— Ne viendrez-vous plus nous voir là-bas ?… les arbres commencent à fleurir… la maraboute parle souvent de vous…