Bou-Saâda
Bou-Saâda, vision gracieuse qui m’est apparue, auréolée de soleil, dorée et sertie dans l’émeraude vivante de ses jardins !
L’oued Bou-Saâda, par un grand circuit, coule au pied de la ville, sur des galets blancs. A gauche, débordant par-dessus les murs en toub jaune, les jardins touffus comme une forêt vierge et couronnés par l’empanachement royal des dattiers. A droite, émergeant d’une ceinture de figuiers, de lauriers-roses et de grenadiers, les hautes maisons de terre, disposées en un désordre agréable et très saharien.
Marchant dans l’eau, vers laquelle se penchent nos bêtes altérées, nous suivons le lit de l’oued, jusqu’à une fontaine très fraîche, qui jaillit d’un rocher, au pied de la ville : « Aïn-Bessem » — la fontaine souriante. Là, nous buvons encore.
… Bou-Saâda, elle aussi, est divisée en deux villes, séparées par un ravin profond et réunies par un pont.
Dans l’une, il y a des bâtiments européens, le bureau arabe, la justice de paix. Dans l’autre, le vieil amas de terre pétrie qui est la vraie Bou-Saâda !
La ville double est enserrée entre de hautes collines rougeâtres, dominées par les montagnes, les étranges montagnes de cette chaîne du Sud, stratifiées et surmontées de terrasses inclinées, dont quelques-unes surplombantes.
Le peuple de Bou-Saâda ressemble à ce peuple du Sahara, attaché profondément aux anciennes coutumes, aux usages d’autrefois… ce peuple qui, plus on s’éloigne des grandes villes cosmopolites et corrompues, semble remonter plus loin l’échelle des vieux siècles abolis.