Les gestes et les cris sont d’une violence inouïe et les faces anguleuses des maigres Hadjedj deviennent effrayantes. Le cheikh Aly s’élance de nouveau vers eux, pour des exhortations et des menaces… J’entends un grand vieillard, à profil d’oiseau de proie, qui lui répond presque avec dédain :

— Tu es jeune, tu ne sais pas ! C’est le prix du sang… Et brusquement les nomades se dispersent, courant, essayant de gagner le ravin.

Mais les spahis et les deïra partent alors dans toutes les directions avec, eux aussi, de grands cris ; ils sont, heureux, les nomades habillés en soldats, de galoper, de crier, de poursuivre, avec l’illusion de la guerre, ces hommes armés qui, à chaque instant, peuvent se retourner contre eux et devenir menaçants par le nombre… A cette chasse à l’homme, ils se grisent, et leurs figurent rayonnent d’une joie d’enfants turbulents et libres.

La scène tumultueuse, sous le ciel bas et gris, dans le vent furieux, est sauvage et superbe.

… Enfin la tribu est contenue, rabattue sur le douar, gardée à vue. Deux ou trois des plus forcenés sont pris et enchaînés. Il faut, maintenant, commencer l’enquête, et deux spahis partent à la recherche de l’assassin.


Il est tout jeune, cet Aly ben Hafidh qu’on nous amène, haletant, les vêtements en lambeaux, le visage couvert de sueur et de boue, les mains attachées derrière le dos. Il est pâle, mais le regard en dessous de ses longs yeux roux est farouche et fermé. Son frère, grand Bédouin maigre, au sombre visage de détrousseur, a l’allure d’un fauve pris au piège, prêt à bondir… Pourtant ce n’est pas lui qui a tué : c’est Aly, le petit nomade aux yeux dorés, au visage imberbe.

Par monosyllabes Aly ben Hafidh répond aux questions d’usage sur son identité.

— Pourquoi as-tu tué Hamza ben Barek ? demande le khalifa.

Alors l’accusé semble se ramasser sur lui-même pour une défense désespérée. Il courbe la tête et regarde le sol :