Ceux qui avouent posséder quelque chose, une pauvre chaumière, un hameau, quelques moutons, sont laissés en liberté, mais le khalifa fait saisir par les deïra ce pauvre bien, pour le vendre… Et nos cœurs saignent douloureusement quand des femmes en larmes amènent la dernière chèvre, la dernière brebis à qui elles prodiguent des caresses d’adieux.

Puis traînant avec nous une troupe morne et résignée d’hommes enchaînés, marchant à pied entre nos chevaux, nous allons plus loin…


Chrahel, que les lettrés appellent Ichrahil.

Quelques maisons disséminées entre les oliviers plus luxuriants que partout ailleurs… Nous dressons notre tente de nomades en poil de chèvre, basse et longue.

Les spahis et les deïra s’agitent sous leurs costumes éclatants, allument le feu, s’en vont réquisitionner la diffa, le souper de bienvenue offert de bien mauvais cœur, hélas !

Si Larbi, le spahi Ahmed et moi, nous allons errer un instant dans le village, au crépuscule.

Nous trouvons une jeune femme, seule, qui cueille des figues de Barbarie.

Ahmed s’avance et lui dit :

— Donne-nous des figues, chatte ! Enlève les épines, que nous ne nous piquions pas, ô beauté !