— Ô Akhilleus, cher à Zeus, tu m'ordonnes d'expliquer la colère du roi Apollôn l'archer. Je le ferai, mais promets d'abord et jure que tu me défendras de ta parole et de tes mains; car, sans doute, je vais irriter l'homme qui commande à tous les Argiens et à qui tous les Akhaiens obéissent. Un roi est trop puissant contre un inférieur qui l'irrite. Bien que, dans l'instant, il refrène sa colère, il l'assouvit un jour, après l'avoir couvée dans son coeur. Dis-moi donc que tu me protégeras.
Et Akhilleus aux pieds rapides, lui répondant, parla ainsi:
— Dis sans peur ce que tu sais. Non! par Apollôn, cher à Zeus, et dont tu découvres aux Danaens les volontés sacrées, non! nul d'entre eux, Kalkhas, moi vivant et les yeux ouverts, ne portera sur toi des mains violentes auprès des nefs creuses, quand même tu nommerais Agamemnôn, qui se glorifie d'être le plus puissant des Akhaiens.
Et le divinateur irréprochable prit courage et dit:
— Apollôn ne vous reproche ni voeux ni hécatombes; mais il venge son sacrificateur, qu'Agamemnôn a couvert dopprobre, car il n'a point délivré sa fille, dont il a refusé le prix d'affranchissement. Et c'est pour cela que l'archer Apollôn vous accable de maux; et il vous en accablera, et il n'écartera point les lourdes kères de la contagion, que vous n'ayez rendu à son père bien-aimé la jeune fille aux sourcils arqués, et qu'une hécatombe sacrée n'ait été conduite à Khrysè. Alors nous apaiserons le dieu.
Ayant ainsi parlé, il s'assit. Et le héros Atréide Agamemnôn, qui commande au loin, se leva, plein de douleur; et une noire colère emplissait sa poitrine, et ses yeux étaient pareils à des feux flambants. Furieux contre Kalkhas, il parla ainsi:
— Divinateur malheureux, jamais tu ne m'as rien dit d'agréable. Les maux seuls te sont doux à prédire. Tu n'as jamais ni bien parlé ni bien agi; et voici maintenant qu'au milieu des Danaens, dans l'agora, tu prophétises que l'archer Apollon nous accable de maux parce que je nai point voulu recevoir le prix splendide de la vierge Khrysèis, aimant mieux la retenir dans ma demeure lointaine. En effet, je la préfère à Klytaimnestrè, que j'ai épousée vierge. Elle ne lui est inférieure ni par le corps, ni par la taille, ni par l'intelligence, ni par l'habileté aux travaux. Mais je la veux rendre. Je préfère le salut des peuples à leur destruction. Donc, préparez-moi promptement un prix, afin que, seul d'entre tous les Argiens, je ne sois point dépouillé. Cela ne conviendrait point; car, vous le voyez, ma part m'est retirée.
Et le divan Akhilleus aux pieds rapides lui répondit:
— Très orgueilleux Atréide, le plus avare des hommes, comment les magnanimes Akhaiens te donneraient-ils un autre prix? Avons-nous des dépouilles à mettre en commun? Celles que nous avons enlevées des villes saccagées ont été distribuées, et il ne convient point que les hommes en fassent un nouveau partage. Mais toi, remets cette jeune fille à son dieu, et nous, Akhaiens, nous te rendrons le triple et le quadruple, si jamais Zeus nous donne de détruire Troiè aux fortes murailles.
Et le roi Agamemnôn, lui répondant, parla ainsi: