Il parla ainsi, et, tirant l'épée aiguë qui pendait, grande et lourde, sur son flanc, il se jeta sur Akhilleus, semblable à l'aigle qui, planant dans les hauteurs, descend dans la plaine à travers les nuées obscures, afin d'enlever la faible brebis ou le lièvre timide. Ainsi se ruait Hektôr, en brandissant l'épée aiguë. Et Akhilleus, emplissant son coeur d'une rage féroce, se rua aussi sur le Priamide. Et il portait son beau bouclier devant sa poitrine, et il secouait son casque éclatant aux quatre cônes et aux splendides crinières d'or mouvantes que Hèphaistos avait fixées au sommet. Comme Hespéros, la plus belle des étoiles ouraniennes, se lève au milieu des astres de la nuit, ainsi resplendissait l'éclair de la pointe d'airain que le Pèléide brandissait, pour la perte de Hektôr, cherchant sur son beau corps la place où il frapperait. Les belles armes d'airain que le Priamide avait arrachées au cadavre de Patroklos le couvraient en entier, sauf à la jointure du cou et de l'épaule, là où la fuite de l'âme est la plus prompte. C'est là que le divin Akhilleus enfonça sa lance, dont la pointe traversa le cou de Hektôr; mais la lourde lance d'airain ne trancha point le gosier, et il pouvait encore parler. Il tomba dans la poussière, et le divin Akhilleus se glorifia ainsi:

— Hektôr, tu pensais peut-être, après avoir tué Patroklos, n'avoir plus rien à craindre? Tu ne songeais point à moi qui étais absent. Insensé! un vengeur plus fort lui restait sur les nefs creuses, et c'était moi qui ai rompu tes genoux! Va! les chiens et les oiseaux te déchireront honteusement, et les Akhaiens enseveliront Patroklos!

Et Hektôr au casque mouvant lui répondit, parlant à peine:

— Je te supplie par ton âme, par tes genoux, par tes parents, ne laisse pas les chiens me déchirer auprès des nefs Akhaiennes. Accepte l'or et l'airain que te donneront mon père et ma mère vénérable. Renvoie mon corps dans mes demeures, afin que les Troiens et les Troiennes me déposent avec honneur sur le bûcher.

Et Akhilleus aux pieds rapides, le regardant d'un oeil sombre, lui dit:

— Chien! ne me supplie ni par mes genoux, ni par mes parents. Plût aux dieux que j'eusse la force de manger ta chair crue, pour le mal que tu m'as fait! Rien ne sauvera ta tête des chiens, quand même on m'apporterait dix et vingt fois ton prix, et nulle autres présents; quand même le Dardanide Priamos voudrait te racheter ton poids d'or! Jamais la mère vénérable qui t'a enfanté ne te pleurera couché sur un lit funèbre. Les chiens et les oiseaux te déchireront tout entier!

Et Hektôr au casque mouvant lui répondit en mourant:

— Certes, je prévoyais, te connaissant bien, que je ne te fléchirais point, car ton coeur est de fer. Souviens-toi que les dieux me vengeront le jour où Pâris et Phoibos Apollôn te tueront, malgré ton courage, devant les portes Skaies.

Et la mort l'ayant interrompu, son âme s'envola de son corps chez
Aidès, pleurant sa destinée mauvaise, sa vigueur et sa jeunesse.

Et Akhilleus dit à son cadavre: