— Écoutez-moi… J’ai une prière à vous adresser… Quand vous serez seule dans cette chambre près de moi, vous prendrez dans le petit tiroir de mon bureau… dont la clef est là, dans mon portefeuille… une lettre pour vous… Je l’avais écrite la nuit dernière. C’était un pressentiment… Vous la lirez… Je désire que vous sachiez…

Il s’agitait, une lueur de fièvre montait à son visage décoloré. Ghislaine, alors, dit tout de suite, très douce :

— Oui, je saurai… Je lirai… Ne vous tourmentez pas, ne parlez pas ainsi, je vous en supplie, c’est mauvais pour vous…

— Rien ne peut plus m’être ni bon ni mauvais… Tous leurs soins ne me sauveront pas… Je vais connaître l’horreur de mourir…

Il se tut, étreint par cette affreuse certitude qui le dominait, impitoyable… Puis il reprit encore :

— Vous lirez, n’est-ce pas ?… Vous m’avez promis… La lettre n’est pas finie… Je croyais que j’aurais le temps de l’achever… Le temps… Ah ! le temps !… Si elle vous déplaît, vous pardonnerez à un mourant…

Il ne poursuivit pas, épuisé, mais son regard implorait encore Ghislaine. Elle répéta :

— Oui, je lirai… Soyez en paix… Reposez-vous… Je prendrai la lettre…

Il ne répondit pas, cette fois, vaincu par la faiblesse. Mais, avec la même confiance qui eût apaisé le cœur de Josette, il referma les yeux, certain qu’elle ferait ce qu’elle avait promis…

....... .......... ...