— Et vous ne le pouvez pas ? vous qui êtes, grâce à Dieu, un homme de volonté et d’énergie !

Il eut un geste d’épaules.

— La volonté la plus forte peut quelquefois devenir si incertaine et si faible devant les faits ! D’ailleurs, il est parfois bien difficile aussi de savoir ce que l’on doit vouloir pour donner et pour trouver le bonheur !…

Cette fois, elle ne répondit pas. En elle, tout à coup, une intuition jetait la certitude que si, maintenant, il redoutait l’expatriation en un pays perdu, c’est qu’en France allait rester une créature dont la présence lui était devenue précieuse infiniment… Et un obscur désir palpita en elle de savoir quelle était cette inconnue, assez puissante en sa séduction pour que cet homme résolu faiblît soudain à l’idée de la laisser derrière lui…

Désir absurde !… Pas même, elle ne devait se permettre de demander à Marc de Bresles de lui expliquer sa pensée, de préciser le rêve qui frémissait mystérieusement en ses paroles.

Peut-être, s’ils eussent été seuls dans l’intimité d’une pièce amie ; ou mieux encore, enveloppés par l’ombre de quelque allée paisible du parc, là où le silence laisse les âmes se parler, elle aurait trouvé et dit les mots qui appellent la suprême confiance… Mais, dans ce salon trop éclairé, fleuri comme pour quelque fête, dans cette atmosphère frivole de propos légers, de flirt, de coquetterie, elle ne pouvait sortir de son banal personnage de femme du monde dans lequel l’enfermaient tous les regards qui avaient le droit d’observer sa conversation avec Marc de Bresles.

Quelqu’un, à coup sûr, avait remarqué l’intérêt qu’elle y prenait ; c’était M. de Moraines. Elle le sentit à l’indéfinissable expression de ses traits qui s’étaient un peu contractés…

X

— Josette, le jour tombe. Voulez-vous bien sonner pour la lampe ? Dans un instant, nous ne verrons plus clair…

Mais la fillette, assise sur un pliant bas, tout près de Ghislaine, ne bougea pas, si empressée qu’elle fût d’ordinaire à obéir à la moindre parole de Ghislaine. Elle avait laissé tomber sur ses genoux, l’étoffe soyeuse où elle brodait de grandes fleurs capricieuses, et disait :