Elle inclina la tête, sans un mot.
— Tout à l’heure, vous avez dit que tout mal, toute erreur, pouvait se réparer. Le croyez-vous vraiment ? Croyez-vous qu’un homme puisse, même à mon âge, recommencer sa vie ?
— Pourquoi non ? fit-elle lentement, frappée de son accent où, tout à coup, semblait vibrer l’écho d’une obscure anxiété. Je pense que, — surtout lorsqu’il s’agit de faire bien, de faire mieux, — l’impossible même doit être tenté…
— Et lorsqu’il s’agit d’atteindre à ce qui vous apparaît comme le bonheur, faut-il encore tenter l’impossible ?
Quelle secrète pensée avait-il ?… Était-ce en songeant à sa fille qu’il parlait ainsi ? La question traversa son esprit. Mais elle n’eut pas le loisir d’en chercher la réponse. Il insistait, parce qu’elle se taisait songeuse, de ce même accent dont elle s’étonnait :
— Vous pensez, n’est-ce pas, que la jeunesse passée, l’homme est fou de souhaiter plus qu’il ne lui est permis d’espérer ?
— Je pense qu’à n’importe quel âge, il est insensé de renoncer à un bonheur possible à atteindre, si aucun devoir ne l’interdit, si en le cherchant, on ne fait ni mal, ni tort même à personne…
Elle avait parlé absolument sincère et M. de Moraines le sentit. Sans doute, ces paroles lui étaient précieuses à entendre, car une lumière éclaira son visage, une seconde. Simplement, il dit :
— Merci !
Mais il n’ajouta rien d’autre. Dans le salon voisin, s’élevait la voix de Mme de Maulde.