— Maintenant, Josette, vous m’aimez un peu ?

— Maintenant…

Elle s’arrêta une seconde, ses yeux admirables s’éclairaient d’une sorte de passion grave et fervente.

— … Je vous aime comme je n’ai jamais aimé personne, de toutes mes forces, de tout mon cœur que je vous donne… si vous voulez bien le prendre, mais pour le garder !… Je vous aime… ah ! autant que vous aimerait votre vraie enfant ! Je vous aime à souhaiter être seule au monde avec vous, afin d’être sûre que personne ne vous enlèvera à moi !

Ah ! la tendresse juvénile, si naïvement ardente, de cette âme de petite fille, comme elle pénétrait l’âme triste de la femme sans avenir qui se réchauffait à sa flamme !…

Ghislaine attira l’enfant tout contre son cœur.

— Josette, ma Josette, personne ne m’enlèvera à vous… Nous allons être bien heureuses l’une près de l’autre, puisque je tâcherai d’être pour vous une vraie maman… Le voulez-vous ? ma chérie.

— Si je veux ?… Oh ! je ne rêve pas, dites ? C’est réellement que… que vous voulez bien de moi pour votre enfant ?

Mieux encore que ses lèvres, le regard de Ghislaine répondait… Alors Josette se courba sur la main qui tenait emprisonnée la sienne et, longuement, elle y appuya ses lèvres. Quand elle releva la tête, de grosses larmes mouillaient ses joues ; mais elle souriait et, comme un mot divin que sa bouche osait à peine prononcer, timide, elle murmura tout bas :

— Maman, ma maman à moi !…