Josette détourna un peu la tête.

— Ne vous occupez pas ainsi de ma santé ! Je ne le mérite pas, puisque c’est de ma faute si je suis souffrante… comme j’ai désiré l’être…

— Désiré !

— Oui, c’est très mal, et si j’étais vraiment malade, je l’aurais bien mérité ! Venez tout près de moi que je vous fasse ma confession ; et, pour l’écouter, n’ayez pas vos yeux sévères… mais les autres qui m’ont pris le cœur la première fois, je crois vraiment, que je vous ai vue…

Ghislaine tressaillit tant il y avait d’obscure tendresse dans l’accent de Josette. Elle se pencha et mit ses lèvres sur le visage que la fièvre colorait et qui ne se déroba pas.

— Je vous écoute avec toute mon affection, ma petite enfant chérie.

D’un geste rapide, Josette se blottit contre son épaule, le visage à demi caché sous le voile souple des cheveux. Le buste mince dans les plis de sa robe de nuit, elle avait l’air d’une vraie petite fille, et, plus profondément encore, Ghislaine se sentit pour elle une âme de mère…

A voix basse, Josette parlait :

— Ne soyez pas si bonne avant d’avoir entendu ma confession… Pourtant, je veux que vous sachiez… Je vous l’avais bien dit dès votre arrivée près de moi que j’étais une mauvaise petite créature… Ce matin, quand j’ai vu que vous alliez me laisser tout l’après-midi pour votre amie, Mme Dupuis-Béhenne, et que cela vous était tout à fait égal, — naturellement ! — j’ai été prise d’un de mes terribles accès de jalousie et je suis devenue très méchante… J’étais exaspérée de voir que vous ne vous doutiez même pas de l’ennui mortel que j’aurais toute la journée sans vous… J’avais envie, pour me venger, de vous tourmenter, de vous dire des paroles désagréables… C’est bien laid, n’est-ce pas, ce que je vous avoue là ? Mais je ne serai tranquille que quand vous saurez et m’aurez pardonné !… Seulement, je vous en supplie, que ma confession ne vous éloigne pas de moi !…

L’accent de Ghislaine se fit bas et tendre tandis que ses doigts caressaient les cheveux légers :