Elle sourit encore. Une fugitive douceur avait passé dans son âme.
— Faut-il vous avouer que je suis résolue pourtant à essayer, moi, de ne pas voir en vous un ami ; cela, parce que je sais que, dans quelques mois, vous allez partir… pour revenir, Dieu sait quand !
— Dans trois ou quatre années, précisa-t-il avec une curiosité de pénétrer sa pensée.
— Dans trois ou quatre années, soit… Pour moi surtout maintenant, toute séparation est un peu une mort, et je suis devenue très lâche ! Je trouve si horriblement triste de voir s’éloigner un ami que j’en suis à préférer n’en avoir pas, pour ne pas connaître la tristesse de les perdre !
Il la regarda avec une sorte de compassion grave :
— Êtes-vous réellement arrivée à ce degré de découragement ?… Si vous le dites, c’est vrai ! Et pourtant…
— C’est vrai, répéta-t-elle, s’efforçant de corriger encore, par un sourire, l’amertume de ses paroles. Mais, je vous en prie, ne me croyez pas pour cela un monstre ! Peut-être le temps me corrigera-t-il d’un pareil égoïsme ! A cette heure, je suis encore comme les gens qui ont été si cruellement frappés que l’insensibilité leur paraît le plus enviable des biens… Au revoir !… Nous ne tenons guère là des propos d’escalier, n’est-ce pas ?
De nouveau, elle lui tendit la main. Une seconde, il retint les doigts légers dans sa ferme étreinte ; et, l’enveloppant toute de son regard, il dit très simplement :
— Voulez-vous croire que je regrette, — de toute mon âme, vraiment, — de ne pouvoir rien pour alléger, même un peu, votre peine ?…
— Je le sais… Et quoi que mes réflexions pessimistes vous fassent supposer, il me semble bon d’être certaine que je puis compter sur vous comme sur un ami.