Une jeune femme, qui caquetait avec une vivacité piquante, s’interrompit pour la regarder, intriguée ; si intriguée même que, sans cérémonie, elle se pencha vers Mme de Maulde pour lui demander, désignant Ghislaine de son éventail :
— Qui est donc cette jeune femme ? je ne l’avais jamais encore vue chez vous ? Elle est très chic dans son deuil !
Mme de Maulde approuva de bonne grâce :
— N’est-ce pas, elle est très bien ? C’est la nouvelle institutrice de Josette.
— Une institutrice ?… Mais elle a l’air d’une duchesse !
— Je crois qu’elle appartient à la noblesse. Son père était un général ou colonel, je ne me souviens plus, qui est mort subitement il y a quelques mois et l’a laissée sans aucune fortune.
— Mais c’est tout à fait un roman ce que vous contez là, chère madame. Prenez garde, un jour ou l’autre, fatalement, le roman finira par un mariage. Car elle n’est pas seulement très distinguée, l’institutrice de Josette, mais fort jolie femme… en son genre…
Elle s’arrêta court, ne voulant pas achever :
— Et il me semble que c’est aussi l’avis de M. de Moraines qui s’y connaît.
Mais avec une lueur de curiosité malicieuse, elle contempla un instant le groupe formé par Ghislaine et Gérard de Moraines qui, courtoisement, était venu la saluer et lui avançait un fauteuil. Elle était encore debout sous la clarté d’une haute lampe, harmonieusement élégante et souple dans sa longue robe noire qui la grandissait encore. Et, sous la lumière blonde que versait l’abat-jour de soie jaune, la peau trop blanche se dorait, les cheveux fauves s’illuminaient de reflets clairs qui nimbaient la tête fine, gravement mélancolique, dans sa grâce un peu altière.