Ghislaine tressaillit et se tourna d’un mouvement instinctif, oublieuse de la clarté de la lampe qui tombait sur son visage, accusant la trace des larmes. Elle en prit conscience dans les yeux de Josette dont une émotion soudaine bouleversait le regard… Clairement aussi, ce regard disait la double impression qui étreignait Josette, aller spontanément avec tout son cœur vers ce chagrin soudain révélé, ou discrètement paraître n’en rien remarquer…
Ghislaine, très vite, d’un geste machinal, avait passé la main sur son visage, et ce simple mouvement qui semblait montrer le désir de dissimuler sa peine, brisa l’hésitation de Josette. Elle demeura immobile sur le seuil de la chambre, un album de musique entre les bras. Alors Ghislaine obligea ses lèvres à trouver un sourire de bienvenue pour dire :
— Entrez, Josette. Ne restez pas ainsi à ma porte, vous me feriez croire que je vous semble bien peu hospitalière.
— C’est-à-dire que je me semble, moi, bien indiscrète de venir ainsi vous déranger chez vous… Grand’mère m’envoie vous remettre la musique d’un chœur qu’on répétera ce soir, afin que vous puissiez la regarder un instant si vous le désirez, car l’accompagnateur est encore malade…
— C’est bien, fit Ghislaine avec une inconsciente lassitude d’accent.
Josette l’enveloppa d’un coup d’œil rapide.
— Cela vous ennuie, n’est-ce pas ? Eh bien, ne le faites pas, je vous en prie… Vous êtes fatiguée. Je pourrai très bien, moi, remplacer le pianiste !
C’était la première fois que Josette sortait de la réserve où elle s’enfermait farouchement, et il y avait dans sa voix une telle sincérité d’intérêt qu’une seconde la tristesse de Ghislaine en fut allégée.
— Je vous remercie, Josette, je ne suis pas fatiguée, mais tout à la disposition de Mme de Maulde. Seul, mon deuil, qui est encore très récent, me fait redouter de quitter ma retraite.
— Oui, je comprends, fit Josette avec une douceur qui mettait une caresse dans sa voix chaude. Pourtant, c’est triste aussi, la solitude… Oh ! si triste !