— Merci infiniment, madame, mais je suis attendue chez mon amie, Mme Dupuis-Béhenne.
— Alors, mademoiselle, je ne vous retiens pas davantage. A demain, n’est-ce pas ? dans la matinée. Je vous demande la permission de vous laisser reconduire par Josette, car j’ai rendez-vous avec ma modiste qui doit déjà m’attendre. A demain donc.
Elle tendit aimablement la main à Ghislaine, puis s’éloigna, tandis que la jeune fille sortait accompagnée de Josette, qui, gardant le même visage indéchiffrable, avait écouté les paroles de sa grand’mère. Silencieuse, elle traversait le vestibule auprès de Ghislaine. Devant la haute porte vitrée qui s’ouvrait sur le perron, elle s’arrêta.
— Je vous remercie, dit Ghislaine, s’efforçant de sourire, bien qu’une affreuse mélancolie s’emparât d’elle avec le sentiment de sa liberté perdue. Au revoir…
Elle ne voulait pas dire « Josette » et « mademoiselle » lui semblait si froid…
— Au revoir, petite amie.
Josette secoua la tête.
— Ne me donnez pas ce nom, vous pourriez le regretter quand vous me connaîtrez plus ! Comme l’assure grand’mère, je ne suis pas faite pour avoir des amies… Ne me plaignez pas pour cela, je suis si habituée à ma solitude que je m’en arrange très bien… Au revoir, mademoiselle.
Ghislaine n’insista pas, comprenant que cette jeune âme n’était pas de celles qui s’ouvrent au premier appel d’une sympathie… Il fallait la conquérir…
Cela, elle en emportait l’impression, tandis qu’elle descendait lentement les marches du perron et traversait la cour de l’hôtel. Comme la grande porte s’ouvrait devant elle, un homme de quarante-cinq ans environ, très élégant d’allures, s’apprêtait à sonner.