Et c’était lui qui, discrètement, s’était occupé de lui venir en aide. Elle en était reconnaissante ; mais, en même temps, il lui était désagréable de se voir pareille obligation à un étranger…

Mme Dupuis-Béhenne, sans soupçonner ce qui se passait en elle, expliquait simplement :

— Voyez comme tout s’arrange avec imprévu ! Le lendemain du jour où vous avez déjeuné ici avec Marc, je l’ai vu à l’Opéra et, pendant l’entr’acte, la conversation est venue sur vous dont j’ai dit… tout ce que je pensais ; expliquant par quelle suite de circonstances vous étiez désireuse… de… vous créer des ressources personnelles…

— Ah ! chère madame, ne prenez pas la peine de chercher des périphrases ! Je n’en suis plus à me déguiser la vérité…

— Je sais que vous êtes très courageuse, Ghislaine, et j’espère que vous serez récompensée de votre vaillance. Écoutez la suite de mon histoire. Je dois vous dire que je n’avais attaché aucune importance à ma conversation avec Marc et je l’avais même oubliée, quand, il y a quelques jours, j’ai reçu de lui un mot me disant qu’un hasard l’avait amené à parler de vous et qu’il me demandait la permission de m’adresser un ami, le comte Gérard de Moraines, qui désirait placer une personne… comme vous… auprès de sa fille.

— Un comte Gérard de Moraines est allié à notre famille… C’est l’un de ces cousins très éloignés avec lesquels mon père avait rompu toutes relations à la suite de je ne sais quel procès…

— Vraiment ?… Ah ! vraiment ?…

Mme Dupuis-Béhenne regardait Ghislaine, ne sachant si elle devait tenir la circonstance pour heureuse ou non. Mais le visage pensif de Ghislaine ne livrait pas son intime sentiment. A peine, un léger tressaillement avait une seconde contracté ses lèvres.

— Alors ? madame, questionna-t-elle, levant les yeux vers Mme Dupuis-Béhenne.

— Alors, ma chère enfant, pensant que la sagesse me commandait de voir tout de suite ce M. de Moraines, j’ai dit à Marc de me l’envoyer. Je l’ai reçu. C’est un très galant homme, — de quarante-cinq ans environ, — qui est resté veuf, après deux ou trois années de mariage, je crois, — et de mariage pas autrement heureux, — avec une petite fille, laquelle a été élevée par sa grand’mère maternelle et vit toujours chez elle. Nous avons causé ; il m’a expliqué que la petite fille en question, ayant aujourd’hui près de seize ans, il souhaitait voir auprès d’elle une personne qui fût absolument une femme du monde, assez jeune pour être l’amie de sa fillette et assez sérieuse pour remplacer la mère qu’elle a perdue. M. de Moraines m’a annoncé sans ambages que cette Josette était très mal élevée, ayant grandi au petit bonheur, sous la surveillance fort vague de sa grand’mère.