Allons, c’était encore un espoir perdu ! Est-ce que décidément, elle allait être contrainte de recourir à ces agences qui lui avaient laissé un odieux souvenir ?… Instinctivement, ses mains se serrèrent dans un geste d’angoisse ; meurtrie par ces deux nouvelles déceptions, elle pensait tout à coup avec une désespérance sombre :

— Maintenant je comprends les pauvres qui se tuent devant l’impossibilité de trouver le travail qu’il leur faut pour manger ! C’est affolant de se sentir murée dans la misère !

Elle n’avait plus même la curiosité d’ouvrir la lettre de Mme Dupuis-Béhenne. D’un doigt indifférent, elle brisa le cachet et commença :

« Ma bien chère enfant, pouvez-vous passer chez moi tantôt, vers deux heures ? Je voudrais vous parler d’une proposition qui m’a été faite pour vous et qui peut-être vous conviendrait bien. Je suis trop pressée pour vous expliquer à loisir par écrit ce dont il s’agit ; et puis, il vaut toujours mieux s’entendre et causer. Donc, sauf impossibilité absolue, venez, ma chérie ; le temps presse et vous savez que les affaires en suspens ont souvent la chance contre elles… »

Ghislaine s’attendait si peu à voir luire même un semblant d’espoir, qu’elle relut deux fois le billet avec l’idée qu’elle le comprenait mal.

Mais non, elle ne s’était pas trompée et une sensation d’allégement lui détendit les nerfs un instant. Elle en eut aussitôt conscience et un sourire amer contracta sa bouche. Ainsi elle en était arrivée déjà à considérer comme un bonheur d’obtenir une position dépendante ! Quel chemin parcouru depuis le matin de janvier où cette seule idée la révoltait toute et lui était une souffrance ! Ah ! quelle puissance était la vie pour briser même les fiertés les plus naturelles…

Elle reprit encore le billet, mais sans y puiser de nouveau un peu d’espérance. Déjà, elle n’avait plus confiance dans un heureux résultat…

Et il ne restait plus trace en elle de l’espoir qui l’avait une seconde réconfortée quand, à l’heure dite, elle entra dans le petit salon où Mme Dupuis-Béhenne l’attendait en tricotant pour ses pauvres.

A sa vue, le visage de sa vieille amie s’éclaira d’un affectueux sourire de bienvenue.

— Ghislaine, ma chère petite, je suis doublement ravie de vous voir ! J’avais peur que vous n’eussiez tantôt quelque empêchement et j’avais grand besoin de causer avec vous. Venez là, près du feu, vous chauffer et je vous expliquerai ce dont il s’agit.