Oui, ainsi elle avait aimé Ghislaine… En cette minute, elle l’avait oublié, et il lui semblait qu’elle allait aimer pour la première fois…

Inconsciemment, dans un instinctif désir d’être plus seuls, ils reprenaient, sur la glace, leur course, pareille à un vol, fuyant les couples qui les eussent troublés dans la douceur de l’heure exquise…

Une voix, tout à coup, à l’oreille de Josette, la fit tressaillir comme une note fausse. Au passage, une amie lui jetait, avec une flamme de malice dans les prunelles :

— Josette, Mme de Maulde se plaint que M. de Bresles vous accapare, et elle vous réclame parce qu’il est tard !

Était-il tard ? Elle regarda autour d’elle avec des yeux de créature soudain réveillée. Y avait-il des années ou une seconde que Marc l’avait emmenée pour lui dire les paroles divines ?… Le soleil s’était caché. Une brume voilait les lointains, et, sur le ciel, devenu d’un gris morne, les arbres profilaient maintenant leurs branches givrées… Pourtant le paysage assombri demeurait pour elle lumineux comme une vision d’apothéose. Marc la contemplait… Ah ! il était bien à elle comme elle était bien à lui !…

Il la ramenait. Doucement, elle dit :

— Ne parlez pas encore maintenant à grand’mère. Je veux que Ghislaine apprenne la première… Si vous saviez ce qu’elle a été pour moi !…

Il inclina la tête, tressaillant au nom de la jeune femme.

— Moi aussi, j’ai envers elle une dette dont je ne pourrai jamais m’acquitter !… C’est elle qui m’a donné l’audace d’aller à vous, ma précieuse petite aimée, qui m’a permis d’espérer, qui a tout fait pour nous rapprocher…

— Ghislaine, ô ma Ghislaine chérie ! murmura Josette.