Confuse, mais heureuse aussi… heureuse à ce point qu’une seconde, elle ferma les yeux, effrayée de ce qu’il pouvait y lire… Ainsi conduite par lui, dont elle sentait autour d’elle l’infinie sollicitude, elle avait l’impression d’être emportée en plein rêve… Il répétait de la même manière, doucement souveraine :
— A quoi pensez-vous ?
Avant que sa volonté eût arrêté ses paroles, elle murmura lentement :
— Je pense que j’irais ainsi au bout du monde…
— Vous me laisseriez vous emmener partout où je le souhaiterais, même dans les pays sauvages où j’ai aimé à vivre ?…
Sans tourner la tête vers lui, elle répéta avec une sorte de gravité frémissante :
— Oui, je me laisserais emmener, parce que je pense que si vous le faisiez, c’est que je vous en aurais donné le droit…
Brusquement, il cessa de patiner, l’arrêtant ainsi, et, avec une ardente volonté, il chercha le regard qui se dérobait. Il avait la sensation nette que la minute décisive d’où dépendait son avenir, dont il devinait l’approche depuis des semaines, cette minute-là était venue ; que son avenir, il ne pouvait plus le concevoir sans que Josette de Moraines en fût le bonheur même…
Il implora :
— Je vous en supplie, donnez-moi vos yeux pour que j’y lise la vérité… Savez-vous ce que vous venez de dire ?… ce que vous me laissez espérer ?…