Et pourtant une déception venait de détruire tout son plaisir… Celui que, en son cœur, elle s’attendait à retrouver n’était pas là. Quand elle était arrivée, son regard, tout de suite, avait couru sur la phalange masculine des patineurs dans laquelle, à l’avance, elle eût juré qu’elle apercevrait la haute silhouette qu’elle aurait distinguée entre mille ; comme dans la foule même, elle eût senti sur elle le regard d’une impérieuse douceur qui attirait vers lui tout son cœur si jalousement gardé, — qu’il avait conquis pourtant !…
Elle le savait bien, maintenant. Elle comprenait le pourquoi de ce rayonnement de soleil qu’elle avait dans l’âme quand elle le rencontrait… Et elle l’avait bien souvent rencontré pendant les deux derniers mois ; comme si quelque secrète volonté s’appliquait sans cesse à les rapprocher. Elle sentait bien qu’elle n’eût plus rien souhaité s’il lui avait demandé sa vie, qu’elle lui eût donnée avec une foi infinie.
Mais la lui demanderait-il jamais ? Ghislaine qui, seule, connaissait le secret que nul ne devait soupçonner même, Ghislaine ne semblait pas croire qu’elle rêvât l’impossible. Elle lui avait dit :
— Aie confiance en moi et attends !…
Et parce que la jeune femme avait parlé, enveloppée par la maternelle protection qui la mettait divinement en paix, elle attendait, heureuse, que, pour elle, sonnât enfin l’heure exquise entre toutes…
Car elle savait bien aussi qu’avec nulle autre, Marc de Bresles n’était ce qu’il se montrait avec elle. Son intuition de femme ne la trompait pas. Avec une allégresse mystérieuse, après chacune de leurs rencontres, elle sentait leurs deux pensées, leurs deux âmes, leurs deux vies plus proches…
Aujourd’hui, il n’était pas là ! Pourquoi… Pourtant, à l’Opéra, devant lui, Mme de Maulde avait, la veille même, parlé de cette séance au Cercle des patineurs… Sa raison lui murmurait que bien des motifs avaient pu le retenir, mais aucune réflexion ne pouvait apaiser son regret qu’il fût absent…
Elle en eut conscience et un petit sourire de pitié pour elle-même glissa sur ses lèvres :
— Et c’est moi la fière Josette qui en suis venue là ! Heureusement, personne ne le sait…
Non, personne n’en eût eu l’idée cette après-midi-là, tant elle semblait s’amuser des courbes savantes qu’elle accomplissait, conduite par un habile patineur que sa souplesse ravissait et qui, s’il l’avait osé, eût protesté quand elle l’arrêta tout à coup, se croyant appelée par Mme de Maulde… Mais c’était une autre voix que celle de la marquise qui avait prononcé son nom…