— Mais, madame, vous me faites odieusement parler de moi, du moi haïssable ! Pour que je me le pardonne, suivez mon exemple… Que je sache un peu à mon tour, ce qu’ont été pour vous ces dernières années…

— Elles ont été heureuses, douces, à ne me rien laisser regretter ni souhaiter…

En parlant ainsi, elle pensait au chaud rayonnement dont la tendresse de Josette avait illuminé sa vie. Lui ne le devina pas et la sentit plus lointaine entrée dans un monde qu’il ne connaissait pas…

Un regret passa en lui. Avec un imperceptible reproche, il dit :

— Savez-vous, madame, que vous façonnez trop bien ceux qui vous aiment, à votre image ! Autant que vous-même, ils sont silencieux sur tout ce qui effleure même votre vraie vous

Elle sourit un peu. Malgré toute sa volonté, elle trouvait une douceur à l’entendre parler de la sorte.

— Josette seule est ainsi… Les autres point, je vous assure…

— C’est par eux, en effet, que j’ai tout d’abord appris que vos amis ont le droit d’être très fiers de votre talent et de vos succès…

— Mon talent !… Mes succès !… Oh ! je vous en prie, ne leur faites pas tant d’honneur… Vous me rendriez confuse de mon ingratitude à leur égard !… Ah ! mon talent ! il m’est si égal dès que je cesse de le considérer, — ce qui fait bondir Josette, — comme mon gagne-pain…

Presque impérieusement, il dit :