C’était bien lui…
Le domestique disparu, elle se regarda une seconde dans la glace. D’un geste machinal, elle soulevait l’ondulation souple des cheveux blonds, tordus très haut, que son chapeau avait un peu froissés ; puis, elle considéra son image avec les mêmes yeux dont elle eût examiné celle d’une étrangère.
Elle murmura :
— A peine, suis-je encore une jeune femme !… Comment puis-je hésiter à accepter tout de suite le renoncement qui me sera imposé par la force des choses dans quelques années, — si tôt venues !… Je ne dois plus être qu’une mère, rien qu’une mère…
Elle quitta sa chambre et se dirigea vers le petit salon, dont elle souleva la portière. Debout, Marc attendait devant un portrait de Josette, le dernier fait, où elle apparaissait merveilleusement vivante, exquise vision de créature en son printemps.
Une seconde, Ghislaine regarda le jeune homme, si absorbé qu’il n’avait pas entendu le bruissement de sa robe ; puis, laissant retomber la portière, elle entra, disant :
— Mon ami, soyez le très bienvenu ! Je suis heureuse de vous voir.
Il eut un mouvement d’homme rappelé soudain à la réalité et vint à elle avec cette même expression de plaisir très sincère qui lui était douce autrefois, comme l’étreinte si ferme de sa main quand elle lui donnait la sienne… Josette avait raison de dire qu’il devait être bon de sentir la protection de cet homme…
A peine, la pensée distraite, elle entendait les paroles qu’il lui adressait, s’excusant d’être peut-être arrivé un peu tôt.
— On me dit que vous venez de rentrer… Je crains de vous avoir dérangée…