— Oui, Marc. Et pourquoi non ?

Ainsi, la grand’mère, après l’enfant, souhaitait ce mariage. Elle eut la sensation que doivent éprouver ceux qui, emportés par un invincible courant, se sentent entraînés loin du port entrevu… Une seconde, elle resta sans répondre. D’un regard qui ne voyait pas, elle considérait le missel que tenaient ses doigts gantés de blanc. Puis, d’une voix un peu lente, elle répéta :

— Pourquoi ?… Parce qu’il me semble que M. de Bresles est un peu âgé pour elle…

— Mais, ma chère, vous savez aussi bien que moi, ce me semble, que Josette a la singulière manie de considérer les vrais jeunes gens comme des poupons avec lesquels, tout juste, elle pourrait jouer au tennis ou bostonner. Les hommes mûrissants seuls ont droit à son attention. Marc, en définitive, n’a guère plus de trente-deux ans. Il est d’excellente naissance ; l’héritage de son oncle est considérable et lui ôtera le goût, qu’il se prétendait imposé par la nécessité, d’aller remplir, de côté et d’autre, des postes ridicules de petit ingénieur sans fortune… Je me suis renseignée à ce sujet auprès de Paul de Gannes…

— Et vous pensez qu’il plairait à Josette ?…

— Il est évident qu’en son honneur, elle s’humanise d’une façon sensible… Je l’avais déjà remarqué à Dieppe, et j’en ai eu plusieurs exemples dans leurs dernières rencontres à Paris. Mon expérience ne saurait me tromper. Elle l’accueille comme jamais je ne l’avais vue accueillir aucun homme. Et, mieux que personne, vous qui êtes sa confidente attitrée, vous devez le savoir !…

Ghislaine ne releva pas le propos que Mme de Maulde avait lancé de sa voix mordante. Peut-être même ne l’avait-elle pas entendu. Une pensée l’absorbait, accentuait le pli léger qui rayait son front, entre les sourcils ; et, d’un doigt machinal, elle tourmentait la fourrure de son manchon.

— Alors, vous pensez que Josette plaît… particulièrement à M. de Bresles… qu’elle lui plaît de telle sorte qu’il pourrait songer à la souhaiter pour femme ?

— Ma chère, pour qui connaît de Bresles, il est évident qu’elle lui plaît… particulièrement, comme vous dites. Je ne lui ai jamais vu, — et il y a longtemps que je peux l’observer dans le monde ! — je ne lui ai jamais vu accorder à aucune femme l’attention qu’il témoigne à Josette ! C’est pourquoi, étant donné qu’il ne peut guère tarder à se marier, je trouve que la réalisation du désir dont je parle serait très possible… Et c’est sur vous, Ghislaine, que je compte pour y aider…

— Sur moi ? madame.