Elle se détourna tandis que Josette, confuse pour sa grand’mère, murmurait de sa manière caressante, se penchant vers elle :

— Je vous aime, ma Ghislaine.

Elle la remercia d’un frêle sourire ; mais son cœur demeurait lourd, comme aux heures mauvaises, et elle répondait, distraite, à Paul de Gannes tandis qu’ils traversaient lentement les salons à travers les groupes de danseurs. Pourtant, tout à coup, elle devint attentive ; il lui disait :

— Ne vous semble-t-il pas que notre ami de Bresles est conquis à son tour par votre Josette qui, de son côté, ne paraît pas le tenir aussi farouchement à distance que les autres ?… Voyez quel joli couple ils forment !

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle aussi contemplait les deux jeunes gens. Plusieurs fois déjà, elle les avait vus passer, dansant une valse lente qui, à ses yeux clairvoyants, trahissait leur indifférence pour un plaisir de commande ; mais ils s’étaient arrêtés bien vite et causaient ; elle, harmonieusement fine, la main appuyée sur le bras de Marc, le visage nimbé par ce regard qui jaillissait de son âme même d’enfant heureuse…

Oui, heureuse, bien heureuse, puisqu’elle avait si large, sa part de richesses de toute sorte !… Avec une infinie tendresse, Ghislaine la considéra. En l’intimité de son âme, elle lui murmurait :

— O mon enfant chérie, tu ne connais pas ton bonheur !

Puis, tout haut, d’une voix un peu étrange, elle dit enfin :

— Oui, ils sembleraient faits l’un pour l’autre… Nous verrons ce que sera l’avenir…

Discret, M. de Gannes n’insista pas et changeant de ton, il interrogea courtoisement amenant la jeune femme vers le buffet :